IKERZALEAK

Etude, promotion et sauvegarde du patrimoine de la province de Soule en Pays Basque, de la préhistoire à nos jours

Les bouleversements de la deuxième moitié du XXe siècle

Avec la paix, le retour des prisonniers, la confiance retrouvée en l’avenir, la modernité penêtre largement la Soule. La modernisation de l’agriculture est voulue par des notables, des élus locaux, des prêtres. Elle est lancée par de jeunes ruraux qui sont des militants de la J.A.C. : « Gazte eta laborari ». La mécanisation lancée timidement après 1945 s’accèlère à la fin des années 50. La Coopérative agricole de la Soule connait de modestes débuts en 1947.Défrichements Autour de 1960 l’arrivée du bulldozer est une vraie révolution : des chemins carrossables relient toutes les maisons isolées, les landes les plus accessibles sont converties en prairies et en cultures. La modernisation se fait toutefois lentement en particulier dans l’élevage. Il faut attendre les années 70 pour que se développe sur place une industrie agro-alimentaire moderne. L’agriculture reste familiale. Contrairement à d’autres régions rurales, le lien avec les savoirs-faire anciens n’est pas rompu. Tant mieux pour la qualité des produits.

L’irruption de la modernité a des conséquences très positives : une hausse du niveau de vie, l’arrivée du confort y compris dans les maisons isolées. L’arrivée de l’électricité, transforme les façons de vivre. Les contraintes collectives et familiales se desserrent. L’individualisme, le mode de vie urbain pénêtrent peu à peu la campagne. De nouvelles routes ouvrent la vallée sur le massif d’Irati, la Navarre, le massif de la Pierre Saint Martin. Mais la Soule éloignée des grandes villes, des grands axes de communication et des lieux de pouvoir subit aussi les conséquences négatives de ces bouleversements. L’exode rural s’accèlère, la population diminue de plus d’un tiers et elle vieillit. La pratique de la langue basque qui était quotidienne dans tous les villages recule sous l’effet de la scolarisation et de la télévision.

Mauléon reste jusque dans les années 1970, un petit bassin industriel voué presque exclusivement à la production d’espadrilles. On y a compté jusqu’à 3000 emplois en 1977. Les crises alternent avec des périodes de prospérité. René Elissabide crée en 1950 la célèbre Pataugas. Cette industrie permet l’installation de la 2e vague d’immigration de l’histoire récente de la Soule : environ 400 Portugais viennent habiter à Mauléon et dans les environs. Les industriels réussissent la reconversion de l’espadrille en chaussure de loisir, mais les méthodes de productions et le produit n’évoluent pas assez.

Etchandy années 1990

Usine Etchandy dans les années 1990

En 1977, 1978 les importations d’espadrilles espagnoles, puis chinoises portent un coup fatal à cette industrie. Peu à peu les usines ferment jusqu’à la dernière, en 2002. Aujourd’hui se sont des ateliers artisanaux qui maintiennent la tradition de l’espadrille.

A la fin des années 1970 la crise industrielle, les difficultés de la petite agriculture, le risque de désertification laissent craindre un avenir très sombre pour la Soule. Mais les facteurs de renaissance sont déjà là. La modernisation agricole se poursuit. La culture basque connaît un renouveau et utilise les formes d’expression modernes. La tradition des pastorales et des mascarades retrouve une nouvelle jeunesse. Les acteurs de la vie locale entrepreneurs, élus, militants associatifs ont pris prennent l’habitude de se rencontrer et de réfléchir sur l’avenir de la vallée. A partir de 1975 sont élaborés des contrats de pays puis des Projets collectifs de développement. Avec l’aide des partenaires publics (département, région, État, Europe) La Soule réussit à diversifier son industrie, à créer des filières agro-alimentaires, l’équipement en services et à améliorer le niveau de formation des jeunes : on y compte aujourd’hui trois collèges et quatre lycées. L’ensemble des acteurs du pays prennent peu à peu conscience que la culture et la langue basque est une des principales richesse du pays.

La Soule ne sera probablement pas le désert humain qui été envisagé dans le rapport Pays basque 2010. La population en forte baisse dans les années 1990 semble se stabiliser, l’exode rural devient peu à peu une réalité du passé.

R.E.

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