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Etude, promotion et sauvegarde du patrimoine de la province de Soule en Pays Basque, de la préhistoire à nos jours

L’Ancien Régime

Malgré les guerres et les révoltes, la Soule a conservé ses institutions et ses coutumes. Sa situation de province frontière justifie le maintien jusqu’à la fin de l’Ancien Régime de deux importants privilèges : l’absence d’impôts directs, et le droit de porter les armes.

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La Coutume de Soule rédigée en 1520 établit pour tous les Souletins la liberté personnelle et le libre usage des vastes terres communes : landes, forêts et montagnes. La base de la société est la maison « l’Etxe » qui regroupe à la fois les bâtiments, les terres, la famille, les troupeaux, la place à l’église et au cimetière. C’est l’institution la plus stable de notre histoire. Les maîtres de ces maisons participent à la gestion des affaires de la communauté, de la paroisse, mais aussi de la province par les Etats de Soule. Ce système plus égalitaire que dans beaucoup d’autres provinces françaises est cependant bien éloigné d’une démocratie moderne. Les maisons les plus anciennes et les plus importantes ont plus d’influence que les autres. La Soule compte près d’une cinquantaine de maisons « nobles ».

Un certain nombre des familles propriétaires accèdent à la noblesse héréditaire. Elles essaient d’accroître leur pouvoir en occupant des charges au service du roi, en récupérant des redevances féodales, des droits de justice ou en s’appropriant les forêts et les pâturages. Les Treville, les Béla, les Charitte acquièrent une autorité qui va bien au delà des limites de la province. En Soule ces familles doivent affronter des résistances fortes et organisées. Toutefois la pression conjointe de la noblesse et de l’administration royale met à mal le vieux système représentatif : en 1731, le Tiers État perd le droit de se réunir en assemblée.

L’ économie agro-pastorale fait vivre la Soule. La transhumance rythme la vie de tous ces habitants. A côté de la transhumance d’été qui existe toujours aujourd’hui, il existe un transhumance d’hiver qui permet à une partie des troupeaux de descendre vers le nord le long des gaves, et jusqu’aux Landes. Une modeste activité commerciale assure une certaine prospérité à Mauléon.

Depuis le milieu du XVIIe siècle, une révolution silencieuse est en marche. Louis de Froidour qui visite la Soule en 1672, signale les progrès d’une nouvelle culture : le « blé d’inde » ou maïs. Le développement du maïs ainsi que la fin des guerres et des révoltes armées expliquent une croissance démographique spectaculaire. On peut estimer que le nombre d’habitants est multiplié par 4 ou 5 en 1 siècle et demi. Le vieux système agro-pastoral est mis à mal.
De nombreux cadets se retrouvent sans terre et sans avenir. La grande migration vers le nouveau monde n’a pas encore commencé. On défriche les versants couverts de lande, à Lacarry, Chéraute, Lambarre Aussurucq etc et de nouvelles maisons naissent, parfois loin des villages. Les Souletins ont « faim de terre ». Les occupations de terre souvent illégales provoquent des conflits avec les vieilles maisons qui y envoyaient jusque là leurs troupeaux. Celui qui oppose dans les années 1780 la communauté d’Ordiarp à 5 familles installées illégalement à Arangorena semble avoir eu un écho dans toute la province. La catastrophique épizootie des bovins de 1776-1778 ajoute à la pauvreté et ébranle un peu plus l’économie traditionnelle.

R.E.

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